C'est une rencontre. Des profondeurs de ses solitudes, une voix s'élève et nous apprend les nôtres. Touche au cœur. Par son écriture, son flow, sa personnalité qui affleure à chaque rime, Sako fait preuve d'une profonde humanité et d'un charisme très particulier, presque envoûtant par moment. Vérité et sincérité, dures mais exorcisantes, et une richesse insoupçonnée peuplent cet album aux mille et un fantômes. La voix de Sako semble à la fois séculaire et quotidienne, lointaine et proche, tout comme son propos. Témoignage d'une forte amitié, les musiques de Hal et la voix de Sako s'accordent quasi-parfaitement. Des instrumentaux épurés, chargés d'émotion. Les intermèdes entre les titres sont de purs moments et prouvent, s'il en était besoin, que les producteurs (et particulièrement Hal) sont des musiciens à part entière. Une certaine cohérence semble régner, faisant de cet album un tissu vivant. Les couleurs et les textures s'y entremêlent, parfois teintées de l'érosion des jours. On y retrouve l'amertume du temps qui passe, " l'envie d'autres terres", les illusions perdues, l'exil, l'espoir aussi, et de l'amour pour les mots, pour la musique, pour le Hip Hop, pour la vie et les gens, malgré tout. L'album a été réédité et comporte maintenant deux titres supplémentaires : Dans mes rêves et Mon carré de bitume se détachent du thème principal de l'album, à savoir la nature humaine et la notion d'universalité qu'elle comporte lorsqu'elle est abordée avec intelligence et une certaine lucidité. Dans ces deux morceaux, les plaies sont plus visibles, plus palpables, plus angoissantes. Il émane toujours cette impression de profonde humanité mais on ressent une urgence, une oppression viscérale. Tout est dans l'émotion, et moins dans la réflexion. Si on lorgne du côté des invités, on retrouve Mic Forcing qui n'est pas au meilleur de sa forme. AKH rejoint Sako pour un titre ambiguë, qui donne l'impression que le sujet abordé (les relations familiales) leur est peut-être un peu trop délicat pour réussir à en explorer les sombres recoins. Le A de Coloquinte signe une prestation dynamique et plaisante pour un titre en total égotrip, Fonctions vitales. Samm, deuxième moitié de Coloquinte, apparaît pour un titre plus poignant, D'un monde muet, sur l'amour, thème abordé ici avec une grande sincérité, ce qui fait son originalité. Côté instrumentaux, Hal réalise la majorité des musiques. Toutefois, AKH et DJ Elyes (qui réalise également les scratches) ont apportés leur touche personnelle. Cet album ne ressemble franchement pas à quoi que ce soit d'autre qui ait pu être produit par le rap hexagonal… Respirons, tout n'est pas perdu, il reste des êtres humains qui ne se sont pas sacrifiés sur l'autel du conformisme et de la bêtise suffisante. A écouter en immersion totale. | | |  |