Trois ans après son premier album solo qui, comme le dit Ketra lui-même, "a fait un peu de bruit", le rappeur originaire de Mantes-La-Jolie récidive avec ce second opus intitulé Le Labyrinthe 2. Panne d'inspiration ou volonté de continuité ? Probablement un peu des deux. En effet, on s'aperçoit vite que Kertra a assez peu évolué et que la tactique employée sur Le labyrinthe reste rigoureusement la même, à savoir, lyrics hardcores à foison sur des beats toujours très stimulants. Départ , titre instrumental, nous introduit sobrement dans l'univers musical de Kertra : basses bien lourdes au rendez-vous... Puis dans Ghetto, "le seul arabe du groupe dont l'expression est directe" prêche l'unification des quartiers français, martyrisés par l'Etat, bien entendu... Malgré une instru plutôt bonne, ce morceau trop proche du cliché ne convainc pas, à l'image du refrain "reggae" d'une profondeur rarement égalée : "Man c'est pour nos ghettos, ici nos gars sont tous chauds, enfin protège ton dos ! On vient représenter le ghetto". Non content du morceau précédent, Kertra remet le couvert sur Allez vous faire...(foutre) . Même thème, même rengaine... Sur un son "funky", on découvre un Kertra hargneux posant des couplets efficaces d'un flow assuré ; mais cette fois c'est un refrain "R&B", qui vient littéralement plomber le track. Guettez est à mettre au rang des bonnes surprises. Le Mantais s'affirme, sur un beat efficace, plus hardcore que jamais. Mais dès la piste suivante, Kertra retombe dans ses travers : thème traité trop banalement et refrain R&B quasi-inaudible. On traîne dans la rue est le premier featuring massif de l'album, trois rappeurs y ont été conviés : le T.I.N., John Deido de la Brigade ainsi que Daddy Lord C. Description d'un quotidien morose sur production "g-funk", le morceau est une réussite. On creuse , sorte de genèse, retrace le parcours sinueux de Kertra, depuis son enfance jusqu'aux années "La Haine" en passant par son passage en major. Dommage qu'une fois de plus ce soit le refrain qui vienne quelque peu gâcher le titre. Morceau éponyme de l'album, Le labyrinthe 2 est bien la tuerie que l'on attendait. Accompagné pour l'occasion d'une kyrielle d'invités, Kertra peut enfin distiller ses lyrics rageurs, le tout sur une prod sombre à souhait. On remarque également la très bonne prestation de Koma, qui rassure après sa baisse de régime constatée unanimement sur du mal à se confier. Les bleus traite encore un thème inédit : les flics ! Les nombreux rappeurs venus épauler Kertra ne relèvent malheureusement pas le niveau de ce titre d'une triste platitude. La groupe phare du Val Fourré, Expression Direkt, est rassemblé sur Darre et on se dit après écoute de ce morceau que si Kertra avait su s'entourer plus souvent de ses proches l'album aurait pu prendre une toute autre dimension. Pour nos familles en featuring avec Nadim constitue la "séquence nostalgie" de l'album. Le track rappelle vaguement Le rêve de mon père (notamment le refrain) en moins bien cependant. A croire que le rappeur s'impose un quota d'un morceau triste par album ! Il a bien tort car son album manque atrocement de diversité. Le bilan apparaît bien mince quand vient l'heure de faire les comptes. En effet, les bons morceaux se comptent sur les doigts d'une main et si Le labyrinthe avait pu séduire un bon nombre d'auditeurs je doute fortement que ce second opus reçoive le même accueil tant les faiblesses de l'album sont apparentes. L'album pêche par ses refrains chantés inadéquats au style de Kertra et par un manque grossier d'originalité dans le choix des thèmes. Dommage que l'énergie et la fougue du rappeur soient anéanties par ces quelques déficiences car Kertra reste bien l'un des meilleurs français lorsqu'il s'agit d'être franc. |